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Abdul Ghaffar Kahn, un pionnier de la non-violence

Abdul Ghaffar Kahn, un pionnier de la non-violence


Bonn, Allemagne – Pour marquer cette année - 2008 - le 20e anniversaire de sa mort, seule une toute petite une poignée d’intellectuels afghans ont célébré un service à la mémoire d’Abdul Ghaffar Khan et se sont recueillis sur sa tombe. Mais des associations culturelles de la région ainsi que d’Europe prévoient de nombreuses cérémonies en mémoire du leader pachtoune non-violent.



Professeur de littérature indienne, Eknath Easwaran, est l’auteur d’un ouvrage sur le Mahatma Ghandi et Abdul Ghaffar Khan et décrit ces deux hommes comme étant « les alliés d’une révolution de l’esprit humain et les pionniers d’une culture de la paix ».

En fait, la philosophie de Khan, prônant un islam non-violent, semble n’avoir rien perdu de son attrait et de sa pertinence aujourd’hui – non seulement dans le contexte de cette région déchirée par la guerre, mais aussi partout ailleurs dans le monde.

Abdul Ghaffar Khan est né en 1890 à Charsadda, près de Peshawar, à la frontière nord-ouest de l’empire britannique des Indes. Il faisait partie de la famille Mohammadzai, une dynastie pachtoune respectée, dont était également issu Zahir Chah, le dernier roi d’Afghanistan.

Abdul Ghaffar Khan devint par la suite un pionnier de la non-violence dans une région ravagée par les guerres. Les Pachtounes se réfèrent à lui, aujourd’hui encore, comme « Badshah Khan » (le roi des chefs).

En 1910, alors qu’il n’avait que 20 ans, Abdul Ghaffar Khan avait déjà à son actif la construction d’une école près d’Utmanzai dans la région nord-ouest de ce qui est le Pakistan d’aujourd’hui. Puis il fonda l’«Anjuman-e islah ul Afghana » (association afghane de la réforme) et publia le magazine Pashtoon pour se faire entendre des masses sous domination britannique.

Ces efforts ont été couronnés par la création des « Khudai Khidmatgaran » (les serviteurs de Dieu) dans les années 20 - une armée de milliers de Pachtounes non armés qui se limitaient à une résistance passive par la désobéissance civile. Ils portaient du rouge vif en signe de protestation, d’où le surnom de « Red Shirts » (chemises rouges) que leur avaient donné les Britanniques.

Alors que les protestations contre la domination britannique étaient à leur comble dans le nord-ouest de l’Inde, le 23 avril 1930, les troupes anglaises tirèrent sur une foule de manifestants non armés, tuant des centaines d’entre eux.

Mais ensuite, les soldats britanniques décident de se rebeller plutôt que de provoquer un autre bain de sang. Ils désobéissent aux ordres et refusent de faire feu au Qissa Khani ou bazar de diseurs de contes de Peshawar. Cet événement est considéré aujourd’hui comme un tournant important dans la lutte pour l’indépendance indienne.

« Amal, yaqeen, muhabbat »- bonne action, foi et amour sont l’essence de l’islam, prêchait Badshah Khan. En tant que Khudai khidmatgar (serviteur de Dieu), il était convaincu que Dieu n’avait pas besoin de serviteur à proprement parler, et que c’est en servant ses créatures qu’on le servait véritablement.

Lorsqu’ils se ralliaient au mouvement, les membres devaient jurer « de pardonner à quiconque les oppressait ou les traitait avec cruauté ». De plus, chacun avait pour devoir de « mener une vie simple » et de se consacrer au moins deux heures par jour à des tâches sociales.

Badshah Khan vécut selon ce crédo. Zarin Anzor, célèbre publicitaire afghan, qui a eu l’occasion de rencontrer une fois Badshah Khan et a assisté à ses funérailles, décrit celui-ci comme « une personne dotée de principes qui resta fidèle à celles-ci jusqu’au jour de sa mort ».

Non seulement il se battait pour l’unité et la liberté des Pachtounes, mais il a également consacré toute son énergie à mettre en oeuvre des réformes sociales et culturelles, croyant fermement que « les Pachtounes devaient aller à l’école pour apprendre, et qu’ils devaient le faire dans leur propre langue ».

A cause de ses principes et de son étroite association avec le mouvement pour l’indépendance de l’Inde du Mahatma Ghandi, Badshah Khan fut emprisonné à maintes reprises, à la fois par les autorités britanniques et pakistanaises. Ainsi il passa plusieurs décennies des 98 ans de sa vie dans les geôles britanniques et pakistanaises. En 1962, il fut même désigné « prisonnier de l’année » par Amnesty International.

Beaucoup le vénèrent encore aujourd’hui, en Afghanistan, au Pakistan et en Inde. En Afghanistan, on l’appelle souvent Fakhr-e Afghan(la fierté des Afghans). L’Inde lui remit la Bharat Ratna Award en 1987, il fut le premier non-Indien à recevoir la plus haute distinction civile de ce pays.

Badshah Kahn mourut le 20 janvier 1988, alors qu’il était assigné à résidence à Peshawar, il fut enterré selon sa volonté dans la ville de Jalalabad en Afghanistan.  Des milliers d’adeptes avaient alors pris part à la procession funéraire, empruntant pour une dernière fois en son nom, le défilé de Khyber dans l’Himalaya, lieu emprunt d’histoire, qui relie Peshawar à Jalalabad.

 

par Nasim Saber
22 février 2008

* Nasim Saber est un journaliste indépendant établi en Allemagne. Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews), accessible sur www.commongroundnews.org

Source: Qantara.de, 8 février 2008, www.qantara.de
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