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NOTRE GRAND FRANS MASEREEL,"UN DESERTEUR" ?

NOTRE GRAND FRANS MASEREEL,"UN DESERTEUR" ?

 Plus j'avance dans la découverte de ces «HOMMES CONTRE», révolutionnaires internationalistes ou pacifistes qui se sont dressés contre la guerre impérialiste de 1914-1918, plus je découvre une face cachée : c'est la campagne hargneuse menée par les nationalistes chauvins et «patriotards» pendant et après la guerre, campagne qui nourrira la répression judiciaire et administrative.  Qui a frappé jusqu'aux plus grands de nos artistes et écrivains ...
(1914 -1918 - UOMINI CONTRO)


Place aujourd'hui à FRANS MASEREEL, artiste belge mondialement connu, maître de la gravure sur bois.  On le considère, tels ROMAIN ROLLAND et HENRI BARBUSSE, parmi les plus grands «UOMINI CONTRO», opposants à la guerre , à la «guerre de classe».

MASEREEL, jeune, a été influencé à la fois par son beau père LAVA, libre penseur, féru de liberté et de solidarité, propagées par la revue d'art «VAN NU EN STRAKS» fondée par AUGUST VERMEYLEN (1) et HENRY VAN DE VELDE (2) d'idéologie plutôt anarchiste ; par sa tante FANNY, traductrice en néerlandais des oeuvres de KROPOTKINE, théoricien anarchiste russe ; et par EDUARD ANSEELE (3), fondateur du PARTI SOCIALISTE FLAMAND et puis du POB, et ses plaidoyers pour la justice sociale et contre l'exploitation éhontée.  Il participe aux grandes manifestations pour le suffrage universel et contre le travail des enfants.
«Chaque matin, il voit passer cette foule anonyme, se dirigeant vers l'usine, où jour après jour, de six heures du matin jusqu'à sept heures du soir, l'on travaille aux métiers à tisser pour un salaire de famine de 2,5F par jour»  -  «Ca me révoltait», dira-t-il.

MASEREEL ET LE SERVICE MILITAIRE

D'entrée de jeu citons ses ennemis :  «Toute une colonie littéraire — avons-nous dit dans le premier cahier — s'était formée, dès 1915, autour de Romain Rolland, sur les bords du Léman.  C'étaient des libertaires plus ou moins réfractaires. (...)  Une des particularités de «la Feuille» fut le dessin journalier de Frans Masereel, déserteur belge.  Né à Gand, il arrivait fort misérable à Genève au cours de 1915.  «Ce que fut là sa vie pendant des années, ses propres amis peuvent seuls en témoigner ...  Dès 1916, il appartenait au travail corps et âme.»  Effectivement, il devint le dessinateur au service des membres de la colonie rollandienne soulevée contre l’Europe. (4)

JORIS VAN PARYS (AML EDITIONS, 2008) écrit : «C'est aussi à cause de sa remarquable activité journalistique que MASEREEL est convoqué en automne 1917, au consulat belge à GENEVE.  Se considérant comme objecteur de conscience, il refuse formellement de se mettre à la disposition des autorités militaires belges.  Toutes les tentatives de le ramener à des sentiments meilleurs restent vaines.  Après la guerre, il apparaîtra que la Police des Etrangers suisse l'avait enregistré comme «réfractaire aux lois militaires de son pays depuis 1917». (voir VAN PARYS p 66)

Déserteur, réfractaire aux lois militaires …  Voilà le portrait que le pouvoir et ses partisans chauvins tracèrent ,après la guerre, de celui qui fut un des plus grands artistes belges du 20ème siècle.  Et jusqu'en 1929, privé de passeport belge, il lui fut à la fois interdit de voyager, et, tel un banni, de revenir dans son pays.

En 1909, MASEREEL doit participer au tirage au sort, obligatoire pour tous les hommes âgés de 20 ans, en vertu de la loi sur la conscription, appelée aussi la loi sanguinaire.  La classe de MASEREEL sera la dernière à être désignée par le tirage au sort.

Les suivantes seront basées sur l'enrôlement d' un fils de 20 ans par famille (en vertu d'une loi signée le 14 décembre 1909 par le roi Léopold II, trois jours avant sa mort).
En 1913, se préparant quand même, un peu à la guerre  le gouvernement DE BROQUEVILLE instaurera le service militaire obligatoire pour tous les hommes de âgés de 20 ans.

Quant à MASEREEL, il tire un bon numéro et est exempté du service militaire.
Comme tous les fils de la bourgeoisie, il est incorporé automatiquement à la GARDE CIVIQUE , les parents payant les frais d'uniforme. (voir VAN PARYS p 37-38)
La GARDE CIVIQUE est une milice bourgeoise en charge du maintien de l'ordre dans les villes (notamment contre les grèves et manifestations) et aussi de la défense nationale.

En 1911, MASEREEL s'installe à PARIS et, le 15 juillet 1911, il est rayé des registres de la population de GAND.

En août 1914, il est en BRETAGNE, en vacances dans la presqu'île de CROZON.
Le 5 août il se présente au consulat belge de BREST et obtient un certificat «manifestant sa ferme intention de regagner la BELGIQUE (GAND) par les voies les plus rapides.»  -  «Trois jours plus tard, il est à GAND, mais son nom ayant été rayé des registres de la population, personne ne peut lui dire exactement ce qu'il en est de ses obligations militaires.»

Sa famille lui conseille de ne pas tarder à requitter la BELGIQUE.  Néanmoins MASEREEL reste au pays et réalise, en septembre plusieurs esquisses sur la ville de TERMONDE, en ruines.  Il quittera GAND, pour rejoindre PARIS et sa compagne, avant l'occupation par les troupes du KAYSER le 12 octobre.  Il ne verra plus ses parents pendant six ans et ne remettra les pieds à Gand que quinze ans plus tard. (voir VAN PARYS p 46-47)

Il décrira cette période :  "Quand la guerre éclata et que la Belgique fut occupée, je ne savais pas, si j'avais, alors, des obligations militaires à l'égard de la BELGIQUE.  Je croyais devoir rejoindre la GARDE CIVIQUE, car, avant que je quitte le pays, j'avais été incorporé à cette formation ; j'avais tiré l'un des plus hauts numéros au tirage au sort de la ville, ce qui me libérait du service militaire (…)  Je ne savais pas, quand j'arrivai là, si j' avais été rayé ou non.  Au cours de trois jours passés à où j'étais à Gand, on me dit que j'étais rayé comme résident … (5)

Ajoutons que la GARDE CIVIQUE est congédiée officiellement par décision gouvernementale le 14 octobre 1914.  Mais, en avril 1915, les autorités belges de PARIS le considèrent comme «mobilisable» et lui refusent un visa pour la SUISSE.

Et donc,en 1917, a cause de son activité journalistique (J. VAN PARYS), il sera convoqué pour mobilisation par le consulat de GENEVE.

Ce qui est obscur, c'est pourquoi en 1917, il est déclaré "bon pour le service", alors qu'il en avait été libéré en 1909.  Travail pour les historiens de demain, de dénouer ces fils …  Me basant sur ces faits, et sans connaître les détails des dossiers d'archives et notamment du dossier militaire, je ne peux qu'être interpellé par les accusations portées par la suite, contre MASEREEL et trouver que il y a là un curieux comportement pour un «réfractaire» et un «déserteur».

La version, commune est aujourd'hui 100 ans après, de le glorifier comme "pacifiste,  objecteur de conscience»; c'est tordre  la vérité et occulter son véritable engagement.(J'ai même lu sur un site “qu'il a fui GAND, juste avant la guerre")

Personnellement, je le considèrerais plutôt comme un internationaliste révolutionnaire, qui sera d'ailleurs, toute sa vie, proche du communisme dans les combats du XXème siècle (antifascisme, Front populaire, Guerre d'Espagne, Résistance), tout en gardant dans un coin de lui même l'idéal «socialiste libertaire» de sa jeunesse .

DE PARIS A GENEVE , CONTRE LA GUERRE IMPERIALISTE.

De retour à PARIS, en octobre 1914, il se sent extrêmement concerné par les destructions qu'il a vues en BELGIQUE et «ses sentiments s'apparentent à ceux de VERHAEREN», c'est à dire plutôt chauvins anti allemands.

Il participera donc à une revue bimensuelle «LA GRANDE GUERRE PAR LES ARTISTES» qui consacrera un numéro à «LA GUERRE EN BELGIQUE» qui parait en janvier 1915.  Mais cette revue , selon VAN PARYS, s'apparente à une «littérature primaire des bellicistes de BERLIN ou de PARIS.»  ROMAIN ROLLAND la définira comme «laboratoire de propagande nationaliste».

Très vite, sous l'influence aussi de son ami GUILBEAUX (6), un des plus déterminés parmi les rares internationalistes français, il comprendra la véritable nature de cette guerre (au bénéfice des marchands de canon et des usuriers).

Il se rangera dés lors sous la bannière de ROMAIN ROLLAND (7), qui de SUISSE, dénonce les politiciens et les militaires qui, en FRANCE, comme en ALLEMAGNE, ont été les fauteurs de guerre et appelle la jeunesse européenne à mettre fin au fratricide.  L'écrivain deviendra l'ennemi public n°1, traité de «défaitiste», de «traître à la patrie».  Mais, il sera proclamé prix NOBEL de littérature 1915.

MASEREEL dira : «J'éprouvai le besoin de me tenir à l’écart, de ne participer en aucune manière à ce carnage, et de combattre la guerre. (voir VAN PARYS p 49) Masereel se déplace avec sa famille en Suisse et s'installe à Genève pour exercer une activité pacifiste et révolutionnaire.  Il expliquera dans cet entretien :

"Vorms :  Pourtant, il devait y avoir un prétexte plausible pour ce voyage en Suisse.
Masereel : le prétexte était une promesse de Guilbeaux de me mettre en rapport avec Romain Rolland qui acceptait ma collaboration au comité international de la croix rouge.
Vorms :  une collaboration déjà organisée ?
Masereel : Oui, Guilbeaux avait déjà tout combiné.  Je pouvais passer en bonne et due forme la frontière franco-suisse, et quand j'arrivai à Genève, j'ai fait immédiatement au siège du Comité International de la Croix Rouge la connaissance de ROMAIN ROLLAND.  J 'ai travaillé pendant un certain temps comme traducteur des lettres flamandes, allemandes et autres , écrites par des prisonniers de guerre. (...)
Vorms :  Quels étaient vos moyens d'existence matériels à Genève ?  Etiez-vous rétribué par le CICR ?
Masereel :  Non, je travaillais là volontairement.  Mais, j'avais néanmoins quelques moyens personnels.”  (5)

VAN PARYS écrit : «C'est à GENEVE que MASEREEL fait pour la première fois de sa vie l'expérience de la pauvreté.  Son activité à la Croix Rouge étant bénévole, il doit assurer sa subsistance par toutes sortes de petits travaux.  Il gagne un maigre salaire, entre autres comme garçon de café, et jusqu'en mai 1919, il vit avec PAULINE et PAULE sa compagne et la fille de celle ci, sous les combles d'une ferme croulante en pleine ville, avec un jardin à l’abandon.  Pendant 4 ans, son atelier ne sera rien d'autre qu'une petite table devant la fenêtre.»  (VAN PARYS  p56)

DEBOUT LES MORTS- RESURRECTION INFERNALE 1917

A GENEVE, Il retrouve HENRI GUILBEAUX qui l'introduit dans les cercles littéraires et politiques des adversaires de la guerre.  Il coopérera à "DEMAIN", la revue internationaliste de Guilbeaux qui parait en janvier 1916.  Cette revue publiera des oeuvres de R. ROLLAND, P.J JOUVE (8), S. ZWEIG (9) et aussi des prises de position contre tous les chauvinismes, français, allemand, italien ou turc …, des articles aussi des bolchéviks dont GUILBEAUX en SUISSE est très proche.

Avec CLAUDE LE MAGUET (JEAN SALIVES, 10) il participera aussi à la fondation de la revue dirigée contre la guerre "LES TABLETTES" pour lequel il réalisera 47 gravures sur bois de octobre 1916 jusqu'à 1919.  «LES TABLETTES» est surtout animé par l'idéal anarchiste, mais se veut le porte parole du pacifisme internationaliste.
«Le fait que nous ne prenions pas parti, ne signifie pas que le crime laisse froid ; nous ne faisons pas de distinction entre les criminels, voilà tout» écrira JEAN SALIVES.


L'ARTISTE MILITANT : « LA FEUILLE »

C'est dans ce bulletin quotidien édité à GENEVE, que MASEREEL va donner toute la puissance de son engagement internationalise, engagement de classe contre la guerre impérialiste.
Le 1er numéro, paraît le 28 août 1917 :  «La Feuille présentera un résumé de l'actualité quotidienne …  De la sorte, la rédaction veut combattre la haine et les préjugés, en essayant de révéler la vérité, et porter un jugement impartial sur tous les peuples belligérants sans distinction.»
Chaque jour, MASEREEL produit un dessin de première page qui commente l'actualité :  «Ce n 'est que tard le soir, vers 11 heures, qu'il arrive à la rédaction.  Il parcourt vite les journaux, les derniers communiqués et dépêches et dispose alors de 2 heures pour faire son dessin.  La plupart du temps, il s'inspire d'une citation tirée d'un communiqué gouvernemental ou d'un titre de journal, mais il lui arrive aussi de rédiger lui même la légende.  Il devient maître dans l'art de trouver ce que HENRY VAN DE VELDE appelle «une légende lapidaire, cruelle et foudroyante».


Il décrira dans les détails sa technique, qui doit être ultra rapide, puisque le journal doit paraître le lendemain : plaque de zinc, vernie au dos, et plongée 3 à 4 secondes dans un bain d'acide nitrique ; rinçage et séchage au buvard ; dessin à l'encre lithographique plus ou moins épaisse.  Séchage puis fixation par un nouveau bain acide, jusqu'à le dessin apparaisse en relief;nettoyage final à l'essence qui dissout encre et vernis.

«… l'engagement au sein de LA FEUILLE n'est pas sans risque : la façon dont MASEREEL s'attaque aux gouvernements britannique et français parce qu'ils ont saboté la conférence internationale de STOCKHOLM (11) suffit à le faire soupçonner de sympathies pro-allemandes.»
« ... on verra surgir bien vite des rumeurs selon lesquelles le journal serait financé avec « des fonds boches.»  En fait, il s'agit d'une affirmation ridicule, puisque «LA FEUILLE est interdite aussi bien en ALLEMAGNE qu'en FRANCE.»

Militaristes, nationalistes,colonialistes et fabricants d'armes, tous figureront tour à tour à la Une de «LA FEUILLE».  La ligne politique est très claire : «Pour DEBRIT (le directeur) et sa rédaction, la guerre n'est rien d'autre qu'une crise sanglante du capitalisme où l'on sacrifie en masse les ouvriers européens afin de préserver les intérêts de la haute finance et des grands industriels.  MASEREEL lui aussi parle d'une affaire purement capitaliste, bien qu'il sache qu'on n'en serait jamais arrivé à la guerre si, en 1914, la II-ème INTERNATIONALE avait comblé les espérances et si le réflexe nationaliste des socialistes allemands ne s'était pas avéré plus fort que leur solidarité de classe.»
Dans la ligne radicale des «TABLETTES» et de «LA FEUILLE», l'artiste entreprend alors au printemps 1918 la confection d'un roman en images, «25 images de la passion d'un homme«, très probablement inspiré de la grève révolutionnaire – fin 1917- dans les usines d'armement de SAINT ETIENNE et du département de la LOIRE et de l'exemple de son dirigeant CLOVIS ANDRIEU. (12)
 

«Nous avons assez de la guerre, nous voulons la paix, et pour cela nous n'avons qu'un seul moyen :  gagner tous les ouvriers à notre cause, arrêter de fait toutes les usines de guerre et paralyser ainsi la production des outils servant depuis 4 ans à nous entretuer […]  Nous voulons parler aux Allemands.  Nous voulons nous rencontrer avec des délégations ouvrières ennemies et discuter.»

Grève politique donc, pour la fraternisation et la paix, durement réprimée. (voir VAN PARYS, pp 61-77)  A l'été 1918, après quelques semaines de repos, puis une très éprouvante attaque de la grippe espagnole, il continue son activité d'artiste révolutionnaire en défendant son ami GUILBEAUX. Proche de LENINE, lui aussi exilé en SUISSE, celui ci a défendu  les bolchéviks russes et est un des artisans de leur retour en RUSSIE en avril 1917 – la révolution vient d' éclater – en traversant l' ALLEMAGNE en train.  

Il est arrêté à GENEVE en juillet 1918, et détenu 6 semaines comme «représentant un danger pour la neutralité suisse».  D'après R. ROLLAND, la vraie raison est de faire taire la seule voix propageant à l'Ouest des informations pertinentes et fondées sur les bolcheviks.  Le 15 novembre, il est à nouveau arrêté à GENEVE et en février 1919, il pourra quitter la SUISSE pour rejoindre l'UNION SOVIETIQUE.  Il y acquerra la nationalité russe.

La justice française, quant à elle CONDAMNERA GUILBEAUX A MORT pour haute trahison sur base de documents falsifiés «prouvant» ses contacts avec l'ambassade allemande à BERNE !!!  Ce n'est qu'en 1932 (!) que son procès sera révisé et qu'il sera acquitté.

MASEREEL et ROMAIN ROLLAND
15 ANS DE BANNISSEMENT

Exilé, de par la volonté du gouvernement belge, MASEREEL vivra à GENEVE, où il passera, en 1919, des moments difficiles : soucis personnels, inquiétudes sur d'éventuelles suites de l'affaire GUILBEAUX, saisie par la police française de milliers d'exemplaires de LA FEUILLE comme propagande bolcheviste, un sentiment d'isolement à GENEVE, et aussi … son pays la BELGIQUE :  Il ne peut éprouver que de la honte pour ses compatriotes lorsqu'il apprend que la Belgique participe à l'occupation de la Rhénanie, qu'elle a annexé les districts frontaliers germanophones d’Eupen, Malmedy et qu'elle refuse de reconnaître l'Union Soviétique.

Il s'indigne de de la campagne de diffamation lancée à Bruxelles contre HENRY VAN DE VELDE et il se révolte contre l'interdiction d'enseigner prononcée à l'encontre de GEORGES EEKHOUD …  «Mon coeur belge est bien mort,» dit MASEREEL dans une lettre à ROMAIN ROLLAND, «de temps en temps, il ressuscite et bat faiblement, mais c'est de honte. » (14/04/1920)

Il écrit à EEKHOUD :  « Je pense à vous, quand je pense à mon pays, comme étant le vrai pays.  J'aime mieux ne pas parler de ce qu'il est aujourd'hui, c'est trop triste, trop ridicule, et trop dégoûtant.» (20/04/1920)  (voir VAN PARYS, pp 124-125)

A la mi-février 1920, il revoit, enfin, après 5 années de séparation sa famille qui vient à GENEVE.  «Cela lui fait d'autant plus de bien qu'ils ne le considèrent pas comme une brebis égarée et qu'ils partagent ses convictions pacifistes.» (voir VAN PARYS, p127)
En août 1920, «LA FEUILLE» devenue hebdomadaire, doit arrêter de paraître.  Par la suite, il s'installera en FRANCE.

Concluons par la confrontation finale avec le chauvinisme réactionnaire des patriotards belges, telle que décrite dans l'ouvrage de VAN PARYS.
 
1925, le grand architecte VAN DE VELDE obtient la permission officielle de rentrer en BELGIQUE.  Il la doit à CAMILLE HUYSMANS, ministre socialiste des Sciences et des Arts qui lui demande d'enseigner à la nouvelle section néerlandophone de l'Université de GAND, et de fonder un Institut Supérieur des Arts décoratifs à BRUXELLES (ISAD)
La presse bruxelloise cocardière déclenche une campagne de diffamation pour empêcher sa nomination, le considérant comme «un ami des pacifistes et un collaborateur», et oubliant que sa famille avait été retenue en otage jusqu'en 1918 en ALLEMAGNE, où on jetait des pierres à ses enfants.  C'est ALBERT I qui tranche, en lui confiant les plans de la villa royale de LOMBARDSIJDE.

Mais en ce qui concerne MASEREEL, l'establishment tient bon :  «A BRUXELLES, on lui tient fortement rigueur de son insubordination vis à vis du consul belge de GENEVE et de ses satires pacifistes dans «LA FEUILLE».  Preuve à mon sens, que l' accusation de désertion, en 1917 – 3 ans après ses démarches à GAND était avant tout une punition politique pour son activité internationaliste.

"Sans doute, ses sympathies communistes compliquent elles les choses, puisque dans la BELGIQUE des années 20, l'anticommunisme acharné empêche jusqu'à la reconnaissance de l'Union Soviétique, demandée pourtant par le ministre socialiste VANDERVELDE au Parlement."

En 1927, VANDERVELDE ne voit qu'une possibilité pour permettre à MASEREEL de retrouver un passeport et le droit de revenir au pays : SE LAISSER CONDAMNER COMME REFRACTAIRE, tout en recevant la garantie, que par la suite l'affaire s'arrangera. !!!


MASEREEL refuse de se prêter à ce compromis à la belge.  C'est en 1929 – plus de 10 ans après l'Armistice, que sera adoptée la loi du 19 janvier 1929, sur «l'extinction des poursuites répressives et des peines relatives à certains crimes et délits commis entre le 4 août 1914 et le 4 août 1919.»  Cette loi s'applique également aux «récalcitrants et réfractaires faisant partie des contingents appelés pendant la guerre».

MASEREEL a son passeport en poche !!!  Mais on lui fait comprendre de ne pas faire de publicité à ce «non lieu» pour éviter les réactions des patriotards ; le triomphalisme cocardier ne s'est pas encore apaisé.  La bourgeoisie francophone, en particulier, multiplie les manifestations de patriotisme grotesque.  En plus, le gouvernement belge peut encore limiter sa liberté de voyager pendant 5 ans.

C'est ainsi qu'en 1934, alors qu'il voulait aller en UNION SOVIETIQUE «la douce et bête BELGIQUE» lui refusera l'autorisation !!  Enfin une semaine après avoir obtenu son passeport, il passe 15 jours à GAND ; et il y reviendra deux fois en 1929.

Après toutes ces années – 15 ans – il ressentira le besoin de s'immerger dans les paysages printaniers et automnaux de sa jeunesse, la région de la LYS, la vallée de l' ESCAUT, le littoral flamand. (voir VAN PARYS pp 248-250)

 



(1) AUGUST VERMEYLEN  ( Bruxelles  1872 - Uccle 1945), homme politique socialiste, historien de l'art et écrivain belge d'expression néerlandaise.  http://www.dbnl.org/tekst/_jaa003194601_01/_jaa003194601_01_0015.php

(2) HENRY VAN DE VELDE peintre, architecte, décorateur et enseignant des Arts  belge, considéréc, avec HORTA, comme un des pères de l'ART NOUVEAU (1863- 1957).  http://www.kmkg-mrah.be/sites/default/files/files/vdv_edu_fr_20_corr.pdf

(3) EDUARD ANSEELE,  http://www.ateliers-memoire-roubaix.com/pour-aller-plus-loin-avec-edouard-anseele/

(4)  Jean MAXE : «Les cahiers de l'ANTI - FRANCE» (II)  L'Alliance du défaitisme et du Bolchevisme en Suisse (1914-1919) EDITIONS BOSSAHD PARIS 1922 p 122

(5) Pierre Vorms: Gespräche mit Frans Masereel. Dresden 1967, http://www.frans-masereel.de/15181_1914_1915.html

(6) HENRI GUILBEAUX, ami de MASEREEL et parmi les rares internationalistes français en 1914, ami de LENINE, puis virera dans les années 30 à l’anticommunisme..  http://www.pierrejeanjouve.org/Jouve-Dictionnaire/Jouve-G/Jouve-Dictionnaire-Gu-Henri_Guilbeaux.html

(7) ROMAIN ROLLAND 1886-1944 écrivain français (Prix NOBEL 1915), l'âme intellectuelle de la lutte contre la guerre , sera proche du parti communiste dans les années 20-30   http://www.universalis.fr/encyclopedie/romain-rolland/1-une-dimension-interieure/
ROMAIN ROLLAND : Au dessus de la mêlée    http://centenaire.org/fr/texte-1-romain-rolland-au-dessus-de-la-melee

(8) PIERRE JEAN JOUVE écrivain, poète, romancier et critique français (1887-1976).
 voir dans biographie ci jointe: "1914-1918 LA GUERRE ET LE PACIFISME"
 http://www.pierrejeanjouve.org/Jouve-Biographie/Jouve-Un_Parcours_biographique-1887-1920-Premiere_vie.html

(9) STEFAN ZWEIG: écrivain autrichien, 1881 -1942 proche de MASEREEL et de R. ROLLAND, pacifiste à partir de 1915  http://www.utb-chalon.fr/media/files/Groupes_de_travail/Goupe_litterature/BIOGRAPHIE%20DE%20STEFAN%20ZWEIG%20%20%20%20ld.pdf

(10) JEAN SALIVES  http://www.pierrejeanjouve.org/Jouve-Dictionnaire/Jouve-T/Jouve-Dictionnaire-Ta-Les_Tablettes.html

(11)  conférence organisée notamment par CAMILLE HUYSMANS pour rassembler les sociaux-démocrates des 2 camps ennemis

(12) CLOVIS ANDRIEU leader anarcho -syndicaliste des usines de la LOIRE, un prochain "UOMINI CONTRO ?
http://www.forez-info.com/encyclopedie/histoire-sociale-de-la-loire/15896-lhistoire-de-clovis-andrieu.html