Menu

Edouard Vaillant

Edouard Vaillant


Edour Vaiilant°,  restera connu par la motion Vaillant-Hardie au Congrès de la Iiième Internationale à Bâle pour agir effectivement contre la guerre. En effet, dès la création de la Deuxième Internationale, Eduourd Vaillant est devenu, au sein de celle-ci, la principale force motrice derrière toute son activité antimilitariste et antiguerre. Il considérait le militarisme - ainsi que la mentalité politique et sociale qu'il véhiculait – comme “le plus grand ennemi” du socialisme international.

A la lecture de tous les documents du Bureau Socialiste Internationale (BSI), une chose saute aux yeux. C'est que Vaillant semble n'avoir jamais un seul instant douté de la capacité du BSI de prévenir, le cas échéant, une conflagration, comme si l'institution elle-même aurait pu conjurer un événement qui montait des profondeurs de l'histoire. Il était lié par une amitié personnelle qui datait parfois d'un demi-siècle - à la plupart des dirigeants de l'Internationale. Il était fermement persuadé que, le moment venu, ils feraient, comme il disait, "tout leur devoir".

A mesure que la guerre s'approchait, sa propre activité devenait de plus en plus frénétique. Lors de la guerre des Balkans, il tenta d'organiser une conférence entre socialistes des pays concernés, il cherchait à faire activer la cour d'arbitrage de La Haye, il fit voter par le BSI le texte d'un manifeste, il tâcha, sans succès, de convoquer une session extraordinaire du Bureau. En 1913, il se donna tout entier à la campagne contre les trois ans, multipliant non seulement (en direction du peuple français) conférences et discours contre la loi elle-même, mais aussi (en direction du BSI), lettres et propositions en faveur du rapprochement franco-allemand. Il écrivait à ce propos à son ami Keir Hardie dont il voulait faire jouer l'influence auprès du gouvernement britannique afin de favoriser ce rapprochement.

Ce qui frappe, pourtant, au printemps de 1914, c'est son calme apparent et son optimisme relatif. Le succès électoral de la SFIO ( Section française de l'Internationale ouvrière) en mai lui semblait de bonne augure. Le parti était devenu une force trop puissante pour que le gouvernement ne tienne aucun compte de sa position sur la guerre et le militarisme. Les graves crises de 1904,1905, 1908-09, 1911 et 1912 avaient après tout été surmontées. Et surtout il y avait le congrès de Vienne. A mesure que le congrès s'approchait, il bombardait Huysmans de lettres et de rappels concernant l'amendement qu'il avait proposé à Copenhague avec Keir Hardie. Malgré la résistance très évidente du Bureau, Vaillant semble être resté confiant que la décision tant retardée sur "les moyens pratiques" ne saurait cette fois être éludée. La lecture du compte rendu de la dernière séance du BSI à Bruxelles le 29 juillet 1914 fait ressortir de façon frappante le fait que presque tout le monde semble avoir pensé que le prochain Congrès (qui devait ouvrir ses portes à Paris, Vienne n'étant plus un site possible, le 8 août) saurait dresser un obstacle infranchissable à  la guerre. Mais celle-ci ne se faisait pas attendre et la discussion sur "les moyens pratiques", malgré tous les efforts de Vaillant, n'a jamais eu lieu.

L'intensite même de la foi internationaliste de Vaillant explique son attitude pendant la guerre. Le fait qu'il épousait la défense nationale n'a rien d'étonnant: ceci était parfaitement prévisible au vu de ce qu'il avait toujours dit et écrit sur la nécessité historique de l'indépendance nationale. La distinction qu'il faisait constamment entre le peuple allemand et le régime militariste du Kaiser cadre parfaitement avec ses convictions républicaines. Quant à son refus catégorique d'avoir le moindre contact avec les dirigeants du SPD, celui-ci s'explique par des facteurs plutôt psychologiques. Que les responsables de la social-démocratie, trompés par la propagande impériale faisant état d'une invasion française, aient voté les crédits militaires, Vaillant l'aurait sans grande difficulté compris et accepté. Mais que, sachant la perfidie de cette propagande, sachant que l'armée allemande ayant violé la neutralité belge, était en route pour Paris, les dirigeants du SPD n'aient pas protesté de tout coeur, cela Vaillant pouvait à peine y croire. Pire, qu'ils aient accepté et reproduit la propagande officielle concernant la nécessité militaire de mettre la France hors de combat afin de pouvoir plus efficacement régler le problème russe, ce n'était pour Vaillant, que trahison pure et simple. Trahison à l'égard de la classe ouvrière allemande, trahison à l'égard de la SFIO et trahison surtout à l'égard de l'Internationale.

Ainsi, répondant, en octobre 1914, aux socialistes français qui critiquaient son soutien à l'effort militaire du gouvernement en lui lançant à la figure les textes et résolutions des congrès internationaux qu'il avait lui-même fait voter, il écrivit: “Cex textes {…} ne sont pas des formules abstraites, mais des textes dont les conditions et les circonstances déterminent le sens et la valeur. {…} Tant à Stuttgart qu'à Bâle et à Paris, toutes les décision et leurs textes se résument et se synthétisent en cette décision suprème de la guerre sans merci, de la guerre par tous les moyens du socialisme à l'impérialisme militariste {…} il demeure, pour nous, certain que l'anéantissement de l'impérialisme militariste allemand est la condition première et nécessaire de l'accoplissement des décisions, de la volonté, du devoir du socialisme international.”

Le choc physique et psychologique d'abord de la mort de Jaurès et ensuite la réalité de la guerre était pour Vaillant mortel. A soixante-quinze ans, même sa santé robuste ne pouvait résister à l'effondrement du monde dans lequel il avait toujours fonctionné.Quelques jours avant de mourir, en décembre1915, il confia à Louis Dubreuilh: “cette guerre m'a tué {…} avoir lutté quarante ans pour l'écarter, pour la conjurer et avoir étét forcé de la subir, atroce, implacable! C'est l'écroulement de tout mon être.” :

extrait d'un artcile de Jolyon Howorth:


°Homme politique socialiste français, l'un des élus de la Commune de Paris.Il est un des dirigeants du Comité révolutionnaire central (CRC) créé en 1881 après la mort de Blanqui.  Dirigeant du Parti socialiste révolutionnaire (qui a succédé au CRC), il participe à l'unification du mouvement socialiste français. En 1901, il prend part à la fusion avec le Parti ouvrier et l' Alliance communiste révolutionnaire au sein de l'Unité socialiste révolutionnaire (qui aboutit à la formation en 1902 du Parti socialiste de France) puis, en 1905, à la fusion avec le Parti socialiste français qui permet la formation de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Comme la grande majorité des socialistes, il se rallie à :' Union sacrée après l'assassinat de Jean Jaurès.