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S'inscrire au Rassemblement des Femmes pour la paix?

S'inscrire au Rassemblement des Femmes pour la paix?

 Isabelle Blume, sénatrice, explique pourquoi elle hésitait tant pour adhérer au Mouvement de la Paix. (1949).

“Voulez-vous vous inscrire au Rassemblement des Femmes pour la Paix ? ». Celle qui me pose cette question est une vieille amie. Nous n'en sommes pas à notre première lutte contre les forces de guerre. Cependant, j'ai dit « Non ». « Non », parce que je crains les campagnes de discours, les espoirs déçus aussitôt qu'éveillés et les promesses qu'on fait sans être certains de pouvoir les tenir.

(photo : www.isabelleblume.be)

J'ai dit « non » parce que je sais combien mon peuple est rétif à ces mouvements, qu'il ne peut cataloguer dans le cercle des sociétés connues. J'ai continué à dire « non » parce que mes souvenirs étaient trop précis. Les « non » que j'ai répétés pendant deux ans me déchiraient. Tandis que je délaissais le Mouvement, il a fallu prendre attitude au Parlement contre le Plan Marshall, contre le Benelux, contre le Pacte atlantique. Le Leitmotiv des interventions était toujours le même : « Ces Pactes conduisent à la guerre ». Ils y conduisent d'autant plus  sûrement qu'ils ont été suscités pour des buts intéressés et par les haines aveugles de l'impérialisme économique contre l'URSS et les pays de l'Est auxquels plus tard on ajouta la République Chinoise. Pourquoi, dès lors, n'étais)je point conséquente et refusais-je de marcher la main dans la main avec ceux qui, autour de moi, organisaient la préparation du premier Congrès de la Paix, celui de Pleyel, en avril 1949 à Paris ?

C'est que les vieux souvenirs jouaient contre eux ! N'avais-je pas, avec les mêmes moyens, lutté pour la Paix entre les deux guerres ? N'avais-je pas collaboré corps et âme du « Rassemblement Universel pour la Paix » en 1936 ? ?'avis-je pas vu des milliers d'hommes et de femmes prenant la conscience claire du danger de guerre que recelait le fascisme et décider de s'unir pour le combattre ? Certes oui ! Mais j'avais aussi été témoin de ces mouvements sans lendemain, de ces enthousiasmes que ne se laissaient ni organiser, ni canaliser. Les forces de guerre et du fascisme n'avaient-elles pas choisi la même époque pur faire leurs preuves en Espagne ? Les diversions intérieures, les déchirements des fronts populaires, les attitudes prises par les gouvernements vis-à-vis de la guerre en Espagne et plus tard à Munich, étaient autant de témoins de notre échec. Certes, le Mouvement du « Rassemblement Universel pour la Paix » (R.U.P.) avait fait entendre sa voix tout au long des années de 1936 à 1940. Aucun des événements marquants qui jalonnèrent cette période ne le trouvait distrait au indifférent, mais cette voix n'était plus l’écho de la voix des peuples. Aucune organisation solide ne soutenait cet édifice auquel de grands personnalités apportèrent leur nom et leur adhésion. Certes, le Mouvement ne fut pas inutile. Ceux qui à travers lui avaient vu clair dans les causes de la guerre furent plus aptes à préparer et à organiser la résistance. S'ils veulent bien chercher, beaucoup se souviendront eux-mêmes que leur éducation selon une ligne antifasciste date de cette période.

Pourtant, il fallait se l'avouer, notre action pour la Paix avant 1940, avait échoué ! Certains d'entre nous avaient conscience d'avoir pet-être parlé trop et agi trop peu. Il nous restait le cuisant regret de n'avoir point su faire comprendre aux peuples le but de notre action. Pour mon pays, le résultat était si clair, si décevant, que malgré la magnifique résistance pendant la guerre, nous en sommes encore à devoir recommencer l'éducation comme si rien, ou à peu près rien, ne s'était passé.

En nous mêlant à l'action du Conseil Mondial, en rejoignant les Partisans de la Pais, n'allions-nous pas vers le renouvellement de la même expérience et vers la même déception ?

   ( Le Comité permanent du Congrès va s'illustrer quant, le 19 mars 1950 (il y a exactement 75 ans, ndlr), il lance le célèbre Appel de Stockholm qui demandait essentiellement l'interdiction des armes atomiques. Cet appel va donner lieu à une campagne de récolte de signatures véritablement militante qui recueille des centaines de milliers d'adhésions en Europe, au total près de 500 millions. Isabelle Blume y adhère.)

Mon premier acte de collaboration et de foi fut la signature de l'Appel de Stockholm. Pourquoi l'ai-je signé ? N'était-ce pas, comme le disait un grand juriste de chez nous, une 'douce plaisanterie' ? Ne participait-il pas à ce genre d'action sans lendemain comme notre pétitionnement d'avant-guerre contre le réarmement ?

Je l'ai signé parce qu'il était simple, qu'il était l'expression de la bonne volonté des peuples, qu'il n'entrait pas dans les considérations juridiques qui semblent créées pour faire échouer toutes les mesures de désarmement que l'on propose.

Les peuples n'ont)ils pas le droit d'exiger d'abord qu'on n'emploie pas des armes de destruction massive et qu'on commence par elles le désarmement progressif, simultané et contrôlé que nous demandons aussi ? Qui pourrait leur dénier le droit de condamner comme criminel, celui qui emploierait contre l'humanité ces armes dont certaines risquent de détruire la terre elle-même ? Cinq cents millions d'hommes et de femmes l'ont compris et leur action a été sanctionnée par la démarche de M. Attlee auprès de M. Truman lorsque les Etats-Unis parlèrent d'employer la bombe atomique.



extrait du livre « Isabelle Blume » de José Gotovitch, Fondation Joseph Jacquemotte, Bruxelles 1976, p 190-191.


(Isabelle Blume fut expulsée du Parti Socialiste de Belgique entre autres pour sa présence en novembre 1950 au deuxième Congrès des Partisans de la Paix qui crée le Conseil Mondial de la Paix.)

11 mars 2015: Dans le cadre de Mons 2015, la ville de Mons honore les personnalités montoises qui ont contribué à l’histoire de la ville. Parmi elles, Isabelle Blume (1882-1975), femme politique socialiste , ardente militante féministe, antifasciste et pacifiste qui fut exclue du PSB en 1951 pour avoir manifesté publiquement une trop grande proximité avec les communistes pour défendre la paix. Un site de la ville de Mons retrace la vie militante d’Isabelle qui, comme par hasard, s’arrête en 1945. Trente années de combats pacifistes d’Isabelle Blume qui adhéra au Parti Communiste de Belgique en 1964, après avoir tenté vainement de réintégrer le Parti Socialiste en 1959, et fut une membre éminente de la Présidence du Conseil Mondial pour la Paix sont ainsi gommées. Aujourd’hui, Elio Di Rupo, occultant ces trente ans de dénégation socialiste, réintègre Isabelle Blume au PS. http://www.udp-leroeulx.be/?author=1

http://www.carcob.eu/BLUME-Isabelle