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1933 interdiction de propagande pacifiste

1933 interdiction de propagande pacifiste

En 1933, le ministre belge de la Défense Nationale déposa un projet de loi interdisant toute propagande pacifiste. Sans attendre, Hem Day (M.D., Marcel Dieu, secrétaire du Comité International de Défense Anarchiste) renvoya son livret militaire en compagnie de son ami Léo Campion, secrétaire de la section belge des Résistants à la Guerre.



Leur lettre accompagnante disait:
“Attendu que la guerre est un crime contre l'humanité, attendu que le gouvernement belge l'a implicitement reconnu en signant le Pacte Briand-Kellog°, attendu que le projet Devèze interdisant toute propagande pacifiste intégrale ne peut être admis par les hommes probes et libres, attendu qu'ayant rempli jusqu'à ce jour leurs obligations militaires ce qui est le plus grand regret de leur vie, les soussignés décident de renvoyer à son Excellence, M. Albert Devèze, Ministre de la Défense Nationale, leur livrets respectifs, lui signifiant par ce geste, leur intention formel de se refuser dorénavant à toute participation directe ou indirecte à la défense nationale, et leur profond mépris pour le projet de loi dont il est l'auteur.”

Hem Day dans le 'Le Rouge et Le Noir' : “A la provocation gouvernementale, je répondrais: prêt à défendre les idées que je n'ai cessé de propager depuis qu'elles sont siennes, et prêt à continuer à aider ceux que les pouvoirs publics condamnent pour leur idéal. Je tiens à déclarer que je récuse de la façon formelle, le droit à toute autorité militaire de s'occuper de ma vie et ne lui reconnais aucun pouvoir de juger les actes de ma conscience.”

Devant le juge Hem Day se défend:
“Ce n'est pas en accusé, messieurs, mais en accusateur que je me présente devant vous.(...) Vous êtes patriotes, je suis anti-patritote. Vous êtes des guerriers, je suis pacifiste. (…) L'objection de conscience est le refus de courber devant l'autorité étatique. Elle doit être le fait de tous les esprits indépendants. Il faut se refuser à la guerre parce qu'elle est un crime contre l'humanité.”
Léo Campion lors de son interrogation:
“Il n'y a pas de bornes, Monsieur, à une conscience... si vous avez quelque dignité, vous nous acquitterez. Et si nous sommes condamnés, vous vous condamnerez vous-mêmes et vos maîtres qui sont derrière vous.”

Léo Campion et Marcel Dieu sont condamnés. Le juge Mechelynck:
“La prévention n'est pas d'avoir renvoyé le livret miliaire, fait ne tombant pas sous l'application de la loi; ce fait à donné lieu à une sanction militaire sur inopportunité de laquelle le Conseil n'a pas à se prononcer; l'ordre de rejoindre envoyé aux prévenus par mesures disciplinaires n'est pas irrégulier, le Ministre n'ayant pas à limiter le temps d'un ordre de réappel; les prévenus n'ont pas répondu dans un délai de quinze jours; dès lors, les deux prévenus sont reconnus coupables de désertion. En conséquence le Conseil de Guerre: condamne Marcel Dieu à deux ans de prison; Léo Campion à dis-huit mois de prison et chacun d'eux à la moitié des frais.”

Campion et Hem Day dans 'Le Rouge et Le Noir' : “Je pourrais me mettre en colère, fustiger le ridiculisme ministricule Devèze et sa valetaille décorée; à qou bon? Je ne ferai même pas l'honneur de les mépriser. La discipline atrophie leur raison, la hiérarchie leur tient lieu d'intelligence, leur conscience est un règlement et ils ont un code militaire à la place du cœur. Comment pourraient-ils comprendre?”

L'auditeur lui-même n'acceptait pas cette peine beaucoup trop sévère selon lui. Voici ce qu'il écrit à l'auditeur-général: “Dans ces conditions ne devais-je pas être convaincu que vous estimeriez comme moi que l'écart entre les peines prononcées et les peines requisées était – vu les circonstances et conditions spéciales dans lesquelles les affaires avaient vu le jour – excessif et, disons le mot, regrettable; regrettable mais fatale auquel l’extrême sévérité de ce jugement n'avait pas tardé à donner naissance, comme aussi l'attitude des condamnés se refusant à se prononcer sur une déclaration d'appel ou de non appel – il y avait intérêt majeur, aux divers points de vue relatés déjà dans mon rapport à ce que le M.P. interjetât appel, immédiatement.”

En appel Hem Day et Campion sont condamnés à trois mois de prison; ils seront libérés le jour même du jugement.

En 1968 Hem Day regardait ses actions de 1933 comme suit: “Ce qui différencie les anarchistes des divers groupements et partis révolutionnaires, c'est que si les uns et les autres veulent conserver l' État et en faire servir ses rouages pour leurs fins personnels,... pendant le période transitoire, et ce, avant de construire la société socialiste, s'empressent-ils d'ajouter... nous, nous voulons le détruire à jamais.(...) Il est normal alors, que nous attaquions à l'appareil bureaucratique, judiciaire, et militaire que soutient cet état. Nous sommes antimilitaristes, parce que anti-étatistes, et par voie de conséquence, nous somme anti-patriotes. (…) Anarchistes, nous estimons défendre et prôner l'objection de conscience dont le geste précis et formel de révolte individuelle, contribue puissamment à entretenir l'esprit de révolte, que nous jugeons indispensable pour l'action révolutionnaire collective. C'est là un moyen de désagréger l'armée au moyen de lutte contre le militarisme, mais j'ajoute que ce n'est pas le seul et unique moyen. Il en est d'autres, que l'on ne peut rejeter ou écarter. Il ne faut pas perdre de vue que le militarisme est le fruit du régime capitaliste et étatique, et que là, réside un nœud du problème: abattre le régime pour instaurer un milieu qui donnera à chaque individu le sommet de bonheur et de liberté adéquate au moment.”  
“Le refus de servir est pour nous anarchistes la négation de principe d'autorité et notre attitude un acte d'affirmation individuelle, qui s'apparente à l' action révolutionnaire collective, par la force de l’exemple et la puissance de contagion. Facteur puissant de désorganisation, le réfractaire frappa en plein cœur une institution qu'il veut détruire.”


(extraits d'un article de Jozef Schildermans dans “Plicht... wat plicht? Niks plicht” Anti-Militaristisch Buro Leuven 1983)

°Le pacte Briand-Kellogg, ou pacte de Paris, est un pacte signé par soixante-trois pays qui «condamnent le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux et y renoncent en tant qu'instrument de politique nationale dans leurs relations mutuelles».