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1914-18 tendances anti-guerre en Hollande

1914-18 tendances anti-guerre en Hollande

Menacé des horreurs de la guerre, soumis à une misère brutale, le prolétariat se montrait dès le départ très combatif. Sous sa pression, le SDAP  (Sociaaldemocratische Arbeiderspartij) avait dû tenir un meeting de protestation contre la guerre, auquel participèrent 15.000 personnes, le 31 juillet 1914. Des grèves éclataient contre le chômage, comme celle de 10.000 diamantaires à Amsterdam. Dès 1915, et pendant tout le conflit mondial, des manifestations contre la vie chère et le chômage se déroulèrent dans la rue. Les meetings dirigée contre la guerre et ses effets trouvèrent des auditeurs de plus en plus attentifs et combatifs, et même réceptifs aux idées révolutionnaires. Il faut noter que ce sont les idées mêlées d’ antimilitarisme et d’ internationalisme qui rencontrèrent le plus vif écho chez les ouvriers, Cependant, les idées pacifistes de retour à la paix et de “démobilisation immédiate” semblaient prédominer. Sous l’influence de Domela Nieuvenhuis, un fort antimilitarisme organisé, mais teinté de pacifisme, s’était développé aux Pays-Bas, depuis le début du siècle, L’Association internationale antimilitariste (IAMV) avait été fondée en 1904 à Amsterdam. Sa section néerlandaise, qui publiait la revue 'De Wapens neder!' (A bas les armes), était la plus active.

Sous l’autorité de Domela Nieuwenhuis, qui restait internationaliste, elle ne prit jamais une coloration purement pacifiste. Bien que restant “libertaire”, elle était liée au SDP tribuniste, mais gardait des liens privilégiés avec le petit groupe de Domela Nieuwenhuis : l’Action sociale-anarchiste (SAA). Pour un petit pays comme les Pays-Bas, le tirage de la revue devint considérable : plus de 950.000 exemplaires étaient diffusés. La raison en était que la majorité écrasante des anarchistes et des syndicalistes-révolutionnaires refusèrent toute adhésion à l’Union sacrée, Celle-ci eut-elle résisté à l’intégration de l’armée hollandaise dans l’un des deux camps? On peut émettre quelque doute.

A côté de cet essor du mouvement antimilitariste, on assista parallèlement à un renouveau du courant syndicaliste-révolutionnaire, Le NAS passa de 10.000 à 30.000 adhérents pendant la période de guerre. Ce fut lui qui fut le meilleur soutien, et pour ainsi dire sa base de masse, du SDP. Ses
conceptions, plus pacifistes que révolutionnaires, pénétrèrent progressivement le SDP. Celui-ci, cependant n’était pas sans influencer notablement, dans un sens marxiste, les nouvelles recrues du NAS. Aussi, les rapports entre le NAS et le SDP demeurèrent toujours ambigus, tout comme, plus tard, entre le Parti communiste (CPH) et ce syndicat.

Le SDP, de son côté, s'engagea résolument contre la guerre et l’Union sacrée. De Tribune du premier août 1914 titrait, en première page : “Guerre à la guerre”. Un Manifeste, signé par lui, le NAS, les syndicats de la construction, des marins, des chantiers navals, l’IAMV proclamait : “Ouvriers, protestez, organisez des réunions, faites tout ce qui peut préserver la paix. Guerre à la guerre.” Le SDP ne faisait que reprendre les mots d’ordre du Congrès de Bâle, mais sans les élargir encore - comme le fit Lénine dès le commencement de la guerre - à des perspectives révolutionnaires, par la transformation de la guerre en révolution prolétarienne. Un autre Manifeste, publié dans De Tribune le 31 décembre 1914, se prononçait pour la démobilisation de l’armée néerlandaise. Toute la propagande du SDP était donc axée surtout sur la lutte contre la guerre et pour la démobilisation.

La politique du SDP était loin d’être claire; elle montrait Teeme un éloignement des positions du marxisme radical. Le SDP avait choisi, en effet, dès août 1914, de participer avec d’autres organisations - NAS, IAMV et le SAA - à la formation d’un cartel d’organisations, dénommé “Unions ouvrières agissantes” (SAV - Samenwerkende Arbeiders Vereenigingen). Ce cartel, dans lequel se fondait le SDP, apparaissait moins comme une organisation de lutte révolutionnaire contre la guerre que comme un cartel antimilitariste à connotation inévitablement pacifiste, faute de se prononcer pour la révolution prolétarienne, afin de mettre fin à la guerre. Pour une grande partie du cartel, le SAV, ce qui primait avant tout était le retour à la paix, par la démobilisation. Beaucoup d’ entre eux préconisaient des solutions d’ordre individuel, comme le refus du service militaire. Cette action rencontra un franc succès dans les cercles syndicalistes.

Au sein même du SDP, une partie de 1a direction véhiculait des conceptions très éloignées de l’intransigeance première du tribunisme. C’est ainsi que Van Ravesteyn, entre autres, se prononçait pour “l’armement populaire”, en cas d’invasion des Pays-Bas. Cela signifiait une adhésion des ouvriers à la guerre, qui deviendrait ainsi “juste”, par son caractère “défensif”. Cette position était déjà ancienne dans la IIe  internationale; elle essayait de concilier l’inconciliable le patriotisme, que “l’armement populaire” transformerait en “patriotisme ouvrier”, et l’internationalisme. Cette conception n’était pas sans rappeler celle de Jaurès, exprimée dans son livre L’Armée nouvelle. Même des révolutionnaires aussi intransigeants que Rosa Luxemburg défendaient encore cette ancienne conception, héritée de l’époque révolue des révolutions bourgeoises; une telle conception menait directement en 1914 au soutien de leur bourgeoisie nationale par les partis socialistes, adhérents au “social-patriotisme”. Mais chez Rosa Luxemburg, une ambiguïté passagère  était vite dépassée par un rejet formel de toute guerre nationale à l’époque de l’impérialisme, Van Ravesteyn et ses partisans reprenaient l’idée d’une défense nationale des “petits pays” menacés par les “grandes puissances”. C’est pourtant cette conception d’une “guerre juste” que les socialistes serbes avaient rejetée avec force en août 1914, en refusant de voter les crédits de guerre et en se
prononçant pour la révolution internationale. Pour défendre sa position, la minorité du SDP pouvait s’appuyer sur le programme du parti qui revendiquait “l’introduction de l’armement populaire généralisé à la place de l’armée permanente ”.

Le congrès du SDP, tenu fin juin 1915 à Utrecht, fut l' occasion pour la gauche marxiste de condamner toute idée de  “défense nationale”, même pour les petits pays. Au nom de la section de Bussum, Gorter proposa une résolution rejetant “le militarisme des classes capitalistes sous toute forme, même celle d’une prétendue armée populaire pour défendre l’indépendance ou la neutralité”

Cette résolution de Bussum rejetait toute possibilité de “guerre défensive pour les petites nations. Le
prolétariat de celles-ci avait les même devoirs internationalistes que dans les grandes : “Le solide intérêt socialiste du prolétariat de ces pays exige de suivre une tactique qui s’accorde à celle du prolétariat des plus grands (pays), avec d’autant plus d'énergie dans ceux qui, eux-mêmes – comme les Pays-Bas et la Belgique - ont de grands intérêts impérialistes. ” La résolution fut adoptée à une écrasante majorité.

Gorter, dans la même résolution, fit ajouter un passage rejetant le pacifisme qui s’était infiltré jusque dans le SDP, dissimulé derrière des phrases radicales. Etait visée la section de Groningue qui, par principe, comme les anarchistes, déclarait rejeter toute organisation militaire et toute dépense militaire.


Extrait “Le tribunisme hollandais pendant la guerre mondiale”. (1914 -1918) http://www.left-dis.nl/f/gch/3.pdf